L’autisme est l’un des handicaps mal connus au Togo. Que ce soit sur le plan social, médical ou encore éducatif, les enfants souffrants des troubles autistiques sont marginalisés et discriminés dans le pays. Non seulement les enfants en paient le prix, mais les parents aussi.

Des enfants renfermés sur eux mêmes, qui sont attachés à leur environnement immédiat et habituel, qui ne fixent pas leurs interlocuteurs et qui ont des réactions détachées de la réalité, peuvent être caractérisés d’autistes.

L’autisme est un trouble du développement humain déterminé par des difficultés d’apprentissage social et de communication, avec des comportements immobiles. Au Togo, les difficultés de prise en charge des enfants autistes sont légion. La rédaction d’Africa rendez-vous s’y intéresse.

Le rejet de l’école

Chérif (nom d’emprunt), est en classe de CP1. Âgé de 10 ans, il a été détecté autiste en 2016. Ses parents ont dû batailler dur pour pouvoir l’inscrire dans une école. “Pour l’école,

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c’est pénible. Lorsque vous amenez l’enfant, étant agité, il est rejeté. Le corps enseignant dit, il va frapper d’autres enfants. C’est ce que nous vivons“, témoigne la mère de Chérif. “Il faut vraiment faire le tour pour pouvoir avoir une école qui accepte de prendre ces enfants“, confie-t-elle, affirmant que c’est avec soulagement qu’elle dépose désormais son enfant chaque matin à l’école.

Dans les écoles, on renvoie les enfants autistes parce que leur réaction se diffère des autres“, renchérit un autre parent d’enfant autiste, rencontré lors d’une réunion des parents d’enfants souffrant d’autisme. Beaucoup de gens pensent que ces enfants ont quelque chose liée à la sorcellerie, c’est ce qui explique leur mise à l’écart. Une situation que les parents vivent la mort dans l’âme.

Il y a trois ans de cela, je voulais inscrire mes enfants, je suis passée par plein d’écoles, ils m’ont chassée. Ils disent qu’ils n’ont pas de places pour mes enfants“, témoigne Edwige Dégbé, mère de deux enfants autistes, un garçon de 7 ans et une petite fille de 5 ans. Devant un tel mépris, elle a créé l’Association autisme vivre et grandir (AVeG). “Souffrant de trouble de communication, les enfants autistes n’arrivent pas à exprimer ce qu’ils veulent, mais ils sont furieux quand on ne les comprend pas“, a indiqué Edwige Dégbé expliquant les comportements jugés “déplacés” de ces enfants. “Ces enfants s’énervent vite“, reconnait-elle, avant de poursuivre qu’ils s’entendent bien entre eux et sont sociables, s’ils sont correctement pris en charge.

Où en est la prise en charge médicale?

Pour que le diagnostic soit posé, il faut l’implication de plusieurs spécialités qui font défaut au Togo. Les parents se font trimbaler de service en service regrette cette mère d’enfant autiste. ” Au début quand tu dis que ton enfant a des troubles, on te trimbale un peu partout. Chez le neurologue, vous faites des scanners, des trucs et des trucs, on ne voit rien et donc l’enfant est toujours dans son état. Et puis après, de bouche à oreille, on te conseille des séances d’orthophonie“, raconte cette maman. “C’est finalement eux (orthophonistes ndlr) qui sont venus à ma rescousse“, affirme-t-elle, avec soulagement.

Le diagnostic fait, se présentent maintenant les difficultés de la prise en charge médicale. Pour Karilowo Até, un orthophoniste qui prend en charge des enfants autistes, ces difficultés sont aussi relatives au manque de personnel qualifié. “Actuellement au Togo, il n’y a que les orthophonistes qui posent réellement le diagnostic de l’autisme. Puisque c’est une prise en charge pluridisciplinaire. On n’a pas des psychomotriciens, qui vont poser leur diagnostic, les pédo-psychologues qui vont poser leur diagnostic, et donc on a un petit souci à ce niveau“, a déclaré Karilowo Até.

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Sur un autre volet, il souligne que les outils que les orthophonistes togolais utilisent, sont des outils qui sont importés de France et qui ne sont pas adaptés à la culture d’ici. “Nous essayons de les adapter au mieux à notre culture, pour pouvoir poser un diagnostic“, a-t-il précisé.

Aller jusqu’au bout

AVeG est déterminé à se battre pour le droit de ces enfants. L’association ambitionne de créer un centre où ces enfants autistes peuvent se sentir aimés et protégés comme tout autre enfant. “Créer un centre spécialisé pour les enfants autistes et les suivre dès le bas âge. Comme ça, dans le centre, on essayera de leur apprendre l’autonomie“, rêve Mme Dégbé, parce que, argumente-t-elle, le suivi précoce, leur facilite la vie et facilite la vie aux parents. “Après quand ils veulent aller à l’école, une école +”normale”+, ils ne seront plus stigmatisés, comme cela se fait maintenant. Et puis, ils pourront rester avec les autres enfants“, conclut-elle.

L’Association autisme, vivre et grandir veut apporter une lueur d’espoir aux personnes touchées et affectées par les troubles du spectre autistique en combattant la stigmatisation et en assurant le référencement pour le diagnostic et la prise en charge.

Les enfants autistes ne constituent pas un danger pour les autres enfants, mais à force de les rejeter des écoles avec une prise en charge médicale approximative, ils finiront par être un problème de santé publique et de société.