A l’occasion de la clôture du projet d’Appui à l’apiculture dans les forêts communautaires au Gabon, porté par l’Agence d’Exécution des Activités de la Filière Forêt Bois (AEAFFB) et mis en œuvre avec l’appui de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) depuis juin 2015, les principales parties prenantes de la filière apicole naissante au Gabon se sont réunies le 20 décembre dernier à Libreville, pour discuter des priorités d’action pour développer une filière apicole durable au regard de ses nombreuses potentialités.

Compte tenu des connaissances encore embryonnaires sur les normes techniques d’élevage des abeilles adaptées au contexte gabonais, et du caractère totalement nouveau de l’activité pour les membres des associations en charge des forêts communautaires, le projet s’est appuyé tout d’abord sur une approche de sensibilisation et d’information pour faire connaitre l’apiculture moderne et identifier des sites et personnes volontaires pour l’établissement d’unités de production pilotes.

Cette démarche a permis d’identifier et limiter quelques freins socio-culturels au développement de la filière, notamment la peur des abeilles répandues parmi les populations rurales, et également la faible implication des femmes dans les activités traditionnelles de collecte de miel.

« Je me suis intéressé à ce projet sans savoir qu’il me permettrait d’avoir des revenus et de pouvoir prendre soin de ma famille. Aujourd’hui, grâce à la FAO et au Gouvernement, je peux affirmer que l’abeille a changé ma vie », a déclaré Patrick Imbenga, bénéficiaire membre de la forêt communautaire Matema Nguema Nze (Nze Vatican).

« Avec les moyens techniques à notre disposition, nous espérons avoir une récolte estimée à 1 tonne pour un début, qui peut nous rapporter environ 5 millions de F CFA », a précisé Hubert Bled Elie Nloh, Président de l’association A2E Ebyeng-Edzuameniène

Dans un deuxième temps, une approche de recherche–action a été utilisée pour renforcer les capacités de cinquante apiculteurs « en herbe », vulgariser les techniques apicoles et opérationnaliser huit unités pilotes de production de miel sur les sites d’Ebyeng Edzuaméniène, Nze Vatican, Massaha et Ngokoéla dans l’Ogooué Ivindo, de Djoutou dans le Haut Ogooué, de Nkang et Ayéguéning dans le Woleu-Ntem, et d’Ongam dans l’Estuaire.

« En prenant le temps d’observer et d’adapter les pratiques au contexte de chaque forêt communautaire nous avons pu susciter l’envie auprès des communautés villageoises de s’adonner à cette activité, une envie qui est désormais palpable au regard des résultats atteints : 6 mini-mielleries sont fonctionnelles, 28 ruchers ont été installées avec plus de 200 ruches attribuées aux communautés, et des taux de domestication des abeilles très prometteurs.

《Les premiers produits issus de cette activité sont disponibles et vont pouvoir être commercialisés dans les villes les plus proches dans un premier temps », s’est réjoui Arsène Nsimaga, Consultant National du projet.

Les activités de formation ont également visé le renforcement des capacités pour la fabrication locale de quelques intrants fondamentaux pour le développement de la filière. Une unité de production expérimentale a ainsi été installée sur le site d’Ebyeng-Edzuaméniène avec 7 menuisiers formés à la construction de ruches de type kenyan et 5 couturières formés à la confection de combinaison de protection.

Pratiquée depuis l’antiquité, l’apiculture, et surtout l’apiculture moderne, reste encore méconnue, et par là même ignorée dans les politiques de développement agricole au Gabon. Le miel produit localement y est principalement du miel sauvage, collecté de façon traditionnelle et artisanale selon des pratiques peu respectueuses de l’environnement, et avec des rendements à très faible impact sur le développement rural. Cette production ne permet pas de répondre à la demande nationale en miel, car la quasi-totalité du miel consommé au Gabon, surtout dans les centres urbains, est importé des pays européens et depuis peu du Brésil et du Cameroun.

L’AEAFFB, a également identifié un établissement public chargé d’accompagner les forêts communautaires dans la mise en œuvre de leur plan simple de gestion au Gabon, a identifié la filière apicole comme une filière d’avenir pour les forêts communautaires.

Cette agence cherche en effet à diversifier les activités économiques des forêts communautaires en identifiant et soutenant le développement de filières responsables capables de compléter les revenus des populations, en ciblant plus particulièrement les jeunes et les femmes, et de limiter ainsi les tentations d’exploitation illégale du bois.

Agence gabonaise de presse