Le Cimetière de Bè-Kpota, Lomé 24 Mai 2016

Les morts ne sont pas morts, dit-on souvent. Cette boutade est largement partagée en Afrique subsaharienne où une importance capitale est accordée aux êtres chers qui ont achevé leur parcours terrestre. Et, depuis quelques mois, ceux qui sont dans leur repos éternel au cimetière de Bè-Kpota, banlieue sud-est de la capitale sont protégés. Le cimetière est enfin clôturé.

Le cimetière municipal de Bè-Kpota a souvent été cité dans des affaires crapuleuses métaphysiques allant d’enlèvement de parties intimes pour vente en « pièces détachées » au déterrement de certains morts. L’une des approches de solution souvent proposées est la clôture du cimetière.

Vœu exaucé

Vue partielle de la clôture du cimetière de Bè-Kpota
Vue partielle de la clôture du cimetière de Bè-Kpota

Et enfin, le vœu est exaucé. Le cimetière opérationnel depuis 1976, est clôturé. C’est à la faveur du Projet d’urgence de réhabilitation des infrastructures et des services électriques (Purise). Aux projets axés sur le drainage, la voirie, l’eau potable et l’électricité, s’est ajouté un autre qui s’est décliné sous forme d’appuis institutionnels, quoique. Il s’agit des travaux de construction de la clôture du cimetière pour un coût global de 277 millions 450 mille Francs CFA, sur financement de la Banque mondiale et du Fonds mondial de l’environnement.

« C’est une mesure de mitigation », explique Hervé Johnson, Chargé suivi et évaluation du projet PURISE. Il fait noter que quand la Banque intervient dans une zone pour des travaux de constructions, ça bouleverse un peu le quotidien des populations et il faut réaliser de petits ouvrages pour compenser la gêne. « La Banque a estimé que les morts ont aussi besoin d’une certaine sécurité, ce pourquoi, en accord avec les autorités togolaises, les travaux de réalisation de la clôture ont été financés », a fait noter le sieur Johnson.

Sur place, les surveillants du cimetière s’en réjouissent.

« Dans le temps, quand il n’y avait pas la clôture, n’importe qui y rentrait soit pour y jeter des ordures, soit pour y déféquer en désordre. C’est un avantage pour nous d’avoir enfin une clôture », relate Michel Kerea, un des surveillants qui dit interpeller ceux qui continuent par le faire à travers les grilles.

« Il nous faut cultiver les valeurs de citoyenneté pour que ce cimetière soit un bel exemple », a-t-il conseillé.

Michel Kerea rassure du moins que le Chef du quartier a été saisi et fait gongonner pour décourager les citoyens indélicats mais aussi les avertir qu’ils subiront désormais la rigueur de la loi s’ils sont interpelés.

Rien ne se perd, rien  ne se créé…

Le cimetière dispose aussi d’un parking pour autos et motos. Souvent, quand les familles s’y déplacent pour y enterrer leur mort, il leur est souvent délicat de bien disposer leurs engins, surtout en moment de pluie ou la superficie est bien boueuse et remplie d’eau de part et d’autres.

Vue partielle du parking du Cimetière de Bè-Kpota
Vue partielle du parking du Cimetière de Bè-Kpota

Un parking a été aussi construit à cet effet, le tout en pavés. Ces pavés, selon les explications du Chargé suivi et évaluation projet, n’ont été ni achetées ni encore fabriquées. « Au cours de l’aménagement et le pavage de la deuxième chaussée du boulevard Malfakassa distante de 1800 mètres linéaires, il y a eu des pavés qui y ont été récupérés », a-t-il poursuivi.

C’est donc deux parkings longs de 112 mètres et 21 en largeur qui sont en train d’être construits. Selon les explications du technicien en génie civil Pierre Agbogan, les travaux entamés en Avril dernier devront pouvoir prendre fin avant fin Mai 2016. Aucune estimation précise n’est encore faite sur le nombre total d’engins qui pourraient y garer mais il conseille déjà un bon entretien.

« Ce nouveau parking va enfin mettre fin aux tiraillements qu’il y avait entre conducteurs et surveillants », s’est réjoui Koffi Delou, un agent de la municipalité de Lomé.

La clôture est faite, le parking en finition, les doléances sont désormais axées sur l’accès à l’électricité et à l’eau car, explique-t-on ceux qui creusent les tombes ont besoin d’eau pour se doucher ou se purifier avant de rentrer chez eux.

Retour sur le Purise

Le Projet d’urgence de réhabilitation des infrastructures et des services électriques (Purise) est une initiative du gouvernement togolais Selon des techniciens du Ministère de l’urbanisme et de l’habitat. Il a été pensé pour limiter l’impact négatif des conséquences de plusieurs années de crise sociopolitique sur les infrastructures urbaines de base. Il s’inscrit dans la stratégie de réduction de la pauvreté.

Plan du projet Purise
Plan du projet Purise

Quatre secteurs sont pris en compte notamment le drainage et l’assainissement, la réhabilitation de la voirie urbaine, l’approvisionnement en eau potable mais aussi la réhabilitation du réseau électrique. Démarré en Juin 2009, le coût global du projet est estimé à plus de 19,8 milliards de FCFA sur financement de la Banque mondiale (BM) et du Fonds mondial pour l’environnement (FME).