Face aux pertes financières massives que subit l’Afrique à cause des flux financiers illicites (FFI), des voix s’élèvent au Togo pour exiger plus de justice économique. Le jeudi 15 mai 2025 à Lomé, l’Alliance nationale des consommateurs et de l’environnement (ANCE-Togo), avec le soutien du GIABA, a initié un atelier de renforcement de capacités à l’intention d’une quinzaine d’Organisations de la Société Civile (OSC), après une première vague des hommes de médias.

L’atelier s’inscrit dans une dynamique plus large de plaidoyer en faveur de l’adoption d’une loi cruciale, qui est celle portant création d’un organe de recouvrement des avoirs issus des activités criminelles. Pour Kodjo Fabrice Ebeh, président de l’ANCE-Togo, cette mobilisation citoyenne est essentielle. Pour cela il s’exclame que tant que les criminels pourront conserver leurs butins, ils continueront à prospérer. « Il faut couper les racines financières de la criminalité », a-t-il dit.

L’Afrique vidée de ses ressources

Selon l’ANCE Togo, les chiffres donnent le vertige. « Plus de 1000 milliards de dollars ont quitté illégalement le continent africain en 50 ans. Chaque année, 50 milliards de dollars s’évaporent en raison de la fraude, de l’évasion fiscale, du blanchiment d’argent ou encore de la falsification des prix dans le commerce international ».

« Ces fonds auraient pu servir à construire des écoles, équiper des hôpitaux, développer les infrastructures », souligne M. Ebeh. Selon la conférence des Nations Unies pour le commerce et le développement (CNUCED), les pays les plus touchés par les FFI investissent 58 % de moins dans l’éducation et 25 % de moins dans la santé que les autres.

Un outil stratégique contre l’impunité économique

Si le Togo a déjà mis en place des structures comme la Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF), il lui manque encore un organe capable de recouvrer efficacement les avoirs détournés. Le Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (GIABA) recommande avec insistance la création et l’opérationnalisation de cet outil juridique.

Pour les participants à l’atelier, ce dispositif représente plus qu’une réforme technique, il s’agit d’un levier stratégique pour récupérer les richesses volées et renforcer l’autonomie budgétaire du pays.

Durant l’atelier, les OSC ont été formées sur le cadre juridique des FFI, le fonctionnement envisagé de l’organe de recouvrement et les conséquences des flux illicites sur le développement africain.

 « Le Togo doit saisir cette opportunité pour mobiliser des ressources internes au lieu de s’endetter. Il y va de notre souveraineté financière », a souligné Alassani Arsou Djabate, juriste gestionnaire de projets.

En misant sur l’information, la sensibilisation et le plaidoyer, l’ANCE-Togo cherche à fédérer les énergies pour que le Togo ne soit plus un terrain fertile pour les flux financiers illicites. Pour l’ANCE Togo, il s’agit de faire en sorte que les ressources nationales servent enfin au développement des Togolais.

Voltic Togo