Depuis les manifestations citoyennes du 26 juin 2025, le Togo connaît une perturbation massive de son accès à Internet. Connexions ralenties, réseaux sociaux inaccessibles sans VPN, et parfois même difficile avec VPN, la vie numérique est devenue un parcours du combattant.
Pour les jeunes vendeurs en ligne, créateurs de contenu et commerçants digitaux, cette situation entraîne des pertes importantes. Et pendant ce temps, les charges s’accumulent. Approché des commerçants, Africa rdv a pu recueillir les avis de certains.
Sur le terrain, des vendeurs désemparés
A Lomé, Boniface, vendeur de téléphones IPhone et Androïde sur TikTok et Facebook, ne cache pas son désespoir : « Depuis le 27, mes vidéos ne passent plus. Mes clientes ne voient plus mes nouveautés. Je ne peux même plus répondre aux messages sans VPN. Mais ce n’est pas tout le monde qui sait utiliser ça. »

Même son de cloche chez Edwige, qui écoule habituellement ses articles électroniques via Tiktok : « C’est la fin du mois. Je dois payer mon local, mes factures, mon Internet, mais je n’ai rien vendu cette semaine. Les gens ne voient plus mes publications, et moi je n’arrive même pas à faire des lives. »
Quant à Etablissement chez Petit, qui est spécialisé dans la vente des appareils électroménagers, ça fait pratiquement deux semaines, que quand il allume le live pour vendre à peine 5 à 10 personnes sont connectés. « On arrive plus à écouler nos marchandises. La cause c’est que beaucoup ne savent pas qu’ils peuvent se connecter avec un VPN », a-t-il confié.
Beaucoup de jeunes entrepreneurs ont fait des réseaux sociaux leur principal canal de vente. La coupure touche donc directement leur chiffre d’affaires, sans solution immédiate. Ceux qui n’ont pas les moyens techniques ou financiers d’utiliser un VPN se retrouvent coupés de leurs clients.
Une restriction sans communication officielle
Ce blocage progressif, observé depuis le 26 juin, n’a fait l’objet d’aucune annonce de la part des autorités. Pourtant, selon les données du chapitre togolais de l’Internet Society, la dégradation est bel et bien documentée.
Entre le 25 et le 27 juin, plus de 15 000 mesures techniques ont été menées sur l’ensemble du territoire. Résultat : 1 072 anomalies détectées, latence élevée jusqu’à 200 ms, échecs de connexion massifs (127 en une journée) et blocages techniques apparents de certaines plateformes.
Le communiqué évoque également l’interruption de plateformes d’information, de services éducatifs et de mails professionnels.
Une atteinte aux droits numériques ?
Pour l’Internet Society, ces dysfonctionnements soulèvent une question majeure, il tient à rappeler que l’accès à Internet constitue aujourd’hui un droit fonctionnel, transversal à la vie démocratique, à l’économie, à l’éducation et à la participation citoyenne.
« Il ne s’agit plus d’un simple outil technique, mais d’un vecteur essentiel de transparence institutionnelle, de veille sociale, de continuité pédagogique et de dialogue. C’est pourquoi sa stabilité doit être considérée comme une priorité nationale », souligne le communiqué.
L’organisation appelle donc à mettre en place un mécanisme national indépendant de suivi de la qualité de service, élaborer un protocole de transparence en cas de perturbation majeure du réseau, et adopter une loi sur la gouvernance de l’espace numérique, conforme aux normes internationales, encadrant les éventuelles restrictions d’accès tout en assurant les droits fondamentaux des usagers.
Une économie numérique fragilisée
Alors que le Togo affiche depuis quelques années des ambitions fortes en matière de digitalisation, les blocages d’Internet en période de crise fragilisent les acquis. Le e-commerce, e-administration, services à distance, entre autres, sont tous perturbés.
Selon un expert interrogé, ces coupures, même temporaires, nuisent à la confiance des jeunes entrepreneurs et à l’attractivité numérique du pays.
En l’absence d’informations claires et de communication officielle, la méfiance s’installe. Sur le terrain, les jeunes commerçants en ligne appellent à une restauration urgente de l’accès normal à Internet.
Dans un pays où l’économie numérique représente une opportunité réelle pour l’emploi et l’innovation, restreindre cet espace revient à couper l’élan de toute une génération.
















