Au Togo, la communauté LGBT espère une dépénalisation de l'homosexualité

Au Togo, la justice demeure sélective. C’est le constat fait par Me Thérèse Donou, une avocate et la lauréate togolaise du projet “Justice Makers”, de l’organisation International Bridges to Justice, qui s’engage pour la protection des droits fondamentaux des citoyens dans les pays en développement.

Me Donou se bat au quotidien pour l’accès à la justice pour tous au Togo. Dans ce petit pays d’Afrique de l’ouest, les populations ont du mal à saisir la justice de façon spontanée. Le taux de réticence est beaucoup plus élevé au niveau de certaines couches dites vulnérables, notamment au sein de la communauté des LGBT (Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transgenres), qui est victime de discrimination, de stigmatisation, et de violence.

Aujourd’hui encore, des gens ont peur de s’adresser à la justice et de faire entendre leur voix“, constate Me Donou, pointant des préjugés et facteurs sociaux mais également le manque de confiance en l’appareil judiciaire togolais.

Pour les personnes LGBT, ces barrières d’accès à la justice sont renforcées par le regard de la société, qui ne tolère pas l’homosexualité et les pratiques y afférentes. Ajouter à cela, la menace d’être emprisonné au cas où votre orientation sexuelle est rendue publique.

Nous sommes régulièrement confrontés  à  des questions de droits et d’accès à la justice“,  déclare Kokou, chargé de projet de l’association MEN’S, une association de défense des droits des LGBT.

Pala-Pala

Souvent victime de violences physiques, celui qui se fait appeler Pala-Pala ne s’est jamais plaint devant les autorités. “Tu me vois moi, me pointer devant l’agent de police pour lui dire que j’ai été giflé par quelqu’un qui estime que je suis gay? Moi si efféminé?“, se demande Pala-Pala. “Les agressions me rendent plus fort. Je préfèrerais mourir martyr homosexuel que de mourir du paludisme, par exemple” a-t-il laissé entendre.

Pala-Pala après une agression partage sa mésaventure à ses proches de la communauté et les invite souvent à la prudence, nous confie-t-il.

Pour Mireille, une femme transgenre, dont le nom a été changé pour protéger son identité, même les agents de police s’y mettent, quand il s’agit de discriminer les personnes LGBT.

Une nuit, deux de mes amies [transgenres] ont été appréhendées à Adidogomé [dans la banlieue nord ouest de Lomé]. Elles ont été retenues en garde à vue pendant trois (3) jours pour avoir porté des vêtements de femmes.  100000 francs CFA (environs 200 dollars US) ont été demandés pour leur libération. Finalement nous avons payé 50000 FCFA avant qu’elles ne soient libérées“, déclare Mireille. “Un autre jour, quand une autre a été arrêtée par la patrouille, elle a été conduite à son domicile et présentée dans sa tenue de femme à ses parents qui se sont dits choqués. C’est de l’humiliation dont nous faisons l’objet tous les jours“, témoigne-t-elle.

Mireille

Mireille ajoute que les personnes gays sont plus tolérées que les personnes transgenres au Togo.

Adjowa est chargée des affaires juridiques de l’association Afrique Arc-en-ciel, une association de défense des droits des LGBT au Togo. Elle se souvient d’avoir été conseillée de renoncer à porter plainte, au nom d’un tiers de la communauté, victime d’agression, à cause de son orientation sexuelle.

Le policier nous avait demandé si la victime est vraiment homosexuel“, raconte Adjowa. “Bien sûr nous avons nié et répondu NON. Ayant des doutes, le policier nous a gentiment demandé d’oublier cette affaire et conseillé à la victime d’être plus prudent à l’avenir“.

Il existe dans notre pays une loi qui protège les personnes vivants avec le VIH qui ne doivent pas subir de discrimination compte tenu de leur séropositivité“, rappelle Adjowa. “Pourquoi des dispositions similaires n’existent pas pour protéger la communauté LGBT? Nous sommes tous égaux devant la loi, dit notre constitution alors pourquoi certains, compte tenu de leur orientation sexuelle, deviennent des ‘sous hommes’“, se plaint-elle. “Nous ne demandons pas des droit spéciaux, mais des droits qui sont conférés à tout être humain“.

Le code pénal togolais punit l’homosexualité d’une peine d’emprisonnement d’un à trois ans et d’une amende de 1000000 à 3000000 francs. Il le définit en son article 392 comme “tout acte contre nature commis avec une personne du même sexe que soi”.

Des juristes soutiennent que le statut homosexuel d’une personne ne devrait pas conduire cette dernière en prison.

Aux yeux de la loi pénale, c’est l’acte homosexuel qui est puni. C’est à dire c’est un rapport entre deux hommes ou deux femmes qu’on punit“, martèle Me Godwin Aményinu, avocat au barreau du Togo, faisant remarquer que sans flagrant délit on ne peut pas condamner une personne pour homosexualité au Togo.”C’est un préjugé de croire qu’on peut être jugé pour délit d’homosexualité une fois que quelqu’un vous accuse sans preuve“.

Notons qu’en octobre 2014, une enquête réalisée par le Centre Afro-baromètre révèle que 9 Togolais sur 10 déclarent ne pas souhaiter avoir des homosexuels dans leur voisinage, la plupart à cause des raisons de moralité ou encore de religion.

L’homophobie est un manque à gagner pour le Togo, estime Kokou de l’Association Men’S.

Nous perdons sur cette question de l’homophobie, à faire des lois homophobes. Nous perdons des talents parce que des talents il y en a dans cette communauté. A cause de toute cette ambiance de haine, les gens n’arrivent plus à s’épanouir et c’est des vies gâchées pour rien“, martèle Kokou.

Pensez-vous vraiment que quelqu’un ferait le choix de se mettre dans une communauté aussi haïe ? Je ne peux pas le croire, les gens sont nés comme ça, nous sommes nés comme ça”, plaide-t-il.

Ce responsable de MEN’S demande au nom de la communauté, beaucoup de tolérance.

Nous ne demandons pas forcément d’être compris ou acceptés. On peut être foncièrement contre mais laisser les gens vivre leur vie. C’est un effort que nous devons tous faire“, conclut-il.

Loin de demander une légalisation de l’homosexualité au Togo, la communauté LGBT espère juste une dépénalisation de cette pratique sexuelle, ce qui serait un grand pas vers l’accès à la justice pour tous.