Dans un communiqué parvenu à la rédaction d’Africa rendez-vous, l’organisation de défense de la liberté d’expression, ARTICLE 19, se dit inquiète face à la détérioration continue de l’espace civique au Togo. Arrestations d’activistes et de journalistes, répression de manifestations, intimidations en ligne, les atteintes aux libertés fondamentales se multiplient sur fond de crise politique post-réforme constitutionnelle.
Depuis la réforme constitutionnelle d’avril 2024, qui a transformé le régime présidentiel en un système parlementaire tout en supprimant l’élection présidentielle au suffrage universel, le climat sociopolitique togolais s’est tendu. Cette réforme, largement perçue comme une manœuvre destinée à perpétuer le pouvoir du président Faure Gnassingbé, a débouché sur sa désignation à la tête du Conseil de la République le 3 mai 2025, sans vote populaire.
Les élections législatives et régionales du 29 avril 2025, entachées d’accusations d’irrégularités et marquées par le boycott partiel de l’opposition, ont ravivé la méfiance et provoqué une vague de manifestations violemment réprimées à travers le pays.
« Là où l’espace civique est rétréci, la démocratie s’étouffe et les droits fondamentaux perdent leur sens », a déclaré Alfred Nkuru Bulakali, Directeur régional d’ARTICLE 19. « Lorsque la parole, l’association et la contestation deviennent des menaces, ces droits cessent d’être des garanties pour devenir des privilèges. »
Une vague d’arrestations et de répression
Entre août et octobre 2025, plusieurs cas documentés témoignent d’une restriction alarmante des libertés publiques.
Le 3 octobre, la sage-femme et militante des droits humains Grâce Koumayi Biyoki a été arrêtée à son domicile à Agoè-Nyivé, puis placée sous mandat de dépôt pour « appel à la révolte » après la diffusion d’une vidéo critique sur les réseaux sociaux.
Le même jour, le procureur Talaka Mawama a annoncé des mesures répressives contre les « usages abusifs » des réseaux sociaux, menaçant de poursuites toute publication jugée critique à l’égard du pouvoir.
Le 19 septembre, le rappeur engagé Aamron, connu pour ses textes dénonçant la dictature, a été interpellé à Lomé, avant d’être libéré sous contrôle judiciaire.
Le 17 septembre, Marguerite Gnakadé, militante de la société civile, a été arrêtée pour « incitation à la révolte » et « trouble à l’ordre public ».
Le 30 août, une manifestation pacifique du Mouvement du 6-Juin (M66) contre la vie chère et la réforme constitutionnelle a été brutalement dispersée.
Quelques jours plus tôt, le 22 août, deux jeunes activistes du mouvement Tournons La Page, Armand Agbleze et Oséi Agbagno, avaient été interpellés par des hommes en civil sans motif communiqué.
Des pratiques contraires aux engagements internationaux
ARTICLE 19 dénonce des violations flagrantes des engagements internationaux du Togo, notamment du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) et de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP), qui garantissent la liberté d’expression, de réunion pacifique et de sécurité individuelle.
Les restrictions imposées à la liberté d’expression en ligne et les arrestations d’artistes, de militants et de journalistes sont contraires à l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme et à la résolution 169 de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples sur la liberté d’expression et l’accès à l’information.
L’organisation appelle les autorités togolaises à libérer immédiatement toutes les personnes détenues pour avoir exercé pacifiquement leurs droits, à abroger les lois liberticides et à garantir un espace civique libre, pluraliste et sécurisé, conformément aux standards internationaux en matière de droits humains.
« Les libertés publiques sont les piliers d’une société démocratique. Leur suppression ouvre la voie à l’arbitraire et à la peur », conclut ARTICLE 19.
Faut-il le rappeler, le Togo, dirigé depuis 2005 par Faure Gnassingbé, fait face à une contestation grandissante de la part d’une société civile et d’une jeunesse de plus en plus connectées. Les réseaux sociaux, devenus espaces de débat et de mobilisation, subissent désormais une surveillance accrue. Tandis que le gouvernement justifie ses actions par la nécessité de préserver l’ordre public, les défenseurs des droits humains y voient un glissement autoritaire menaçant la liberté d’expression et la démocratie.















