À six mois de l’élection présidentielle prévue en avril 2026, le Bénin vient d’adopter une révision constitutionnelle d’envergure qui suscite autant d’interrogations que de débats. Le texte, approuvé par 90 députés contre 19 sans abstention, marque un tournant institutionnel majeur dans un contexte préélectoral chargé.
La réforme la plus commentée concerne l’allongement de la durée des mandats : président de la République, députés et élus locaux exerceront désormais pour sept ans au lieu de cinq. Si la limitation à deux mandats présidentiels « au cours de la vie » est maintenue, cette modification ne manque pas de raviver un scepticisme latent dans une région où les révisions constitutionnelles sont souvent perçues comme des outils de repositionnement politique.
Pour une partie de l’opinion, cette décision soulève des questions sur l’opportunité d’un tel changement à seulement quelques mois du scrutin, tandis que les défenseurs de la réforme y voient un moyen d’assurer plus de stabilité institutionnelle.
Un durcissement du jeu politique
Autre point sensible : tout député élu sous la bannière d’un parti qui décide ensuite de le quitter perdra automatiquement son siège. Une mesure adoptée quelques jours après la démission de six membres du parti d’opposition Les Démocrates. Beaucoup y voient un signal fort adressé aux formations politiques et à leurs élus, dans un paysage politique déjà fragilisé par des crises internes et une compétition électorale tendue.
La révision ouvre également la voie à la création d’un Sénat présenté comme un « conseil de sages ». Composé de 25 à 30 membres, il inclura des personnalités désignées et des membres de droit, notamment d’anciens présidents. Chargée de « réguler la vie politique », la nouvelle chambre pourra solliciter une seconde lecture de certains textes, à l’exception des lois budgétaires.
Si certains saluent une institution susceptible d’apporter davantage de recul et de modération dans le processus législatif, d’autres s’interrogent sur sa véritable utilité et sur l’impact financier d’une structure supplémentaire.
Un climat électoral sous tension
La réforme intervient alors que la Cour constitutionnelle a validé les candidatures pour la présidentielle de 2026. Romuald Wadagni, représentant de la mouvance présidentielle, affrontera notamment Paul Hounkpé, des Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE).
Le texte adopté doit encore être soumis au contrôle de conformité de la Cour constitutionnelle avant sa promulgation. Dans un pays où la Constitution demeure un sujet hautement sensible, cette nouvelle révision nourrit débats, prudence et parfois inquiétude, entre ceux qui y voient un ajustement institutionnel nécessaire et ceux qui redoutent une dérive politique progressive.
















