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Le Mali comme, dans bon nombre de pays africains, a une histoire ancestrale ancrée sur des piliers traditionnels de la vie sociopolitique qui sont importants dans la résolution ou transformation de conflits. Au Mali, les leaders religieux constituent une force non négligeable. Ils ont été oubliés par les Chefs d’Etat et et de gouvernement de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Une erreur monumentale qu’ils n’auraient pas dû commettre pour éviter la situation de crise que traverse ce pays du Sahel qui souffle le chaud et le froid.

L’histoire des leaders religieux au Mali, sans en abuser, est comparable avec celle des rois Ashanti au Ghana. La  crise socio-politique que traverse le Mali est aussi passée par la non prise en compte de ces hommes de l’ombre qui, malgré tout, pèsent lourds.

L’Afrique, faudrait-il le rappeler, est un continent où la morale et l’autorité ont toujours occupé une place de choix. Les chefs religieux sont souvent les derniers remparts en cas de conflit. Le caractère dogmatique des religions couplé à leur talent oratoire leur permet aussi d’avoir une influence sur les masses.

Ces chefs religieux se retrouvent malgré eux sur le devant de la scène. La discipline de leur hiérarchie et leur réputation d’intégrité ne laissent pas indifférents la population.

L’Imam Dicko “ignoré”

Au Mali, l’imam sunnite Mahmoud Dicko, auréolé de son statut de figure médiatique du Mouvement du 5 juin ou du Rassemblement des Forces Patriotiques (M5-RFP) a toujours été au cœur de la résolution de plusieurs crises de son pays.

Dicko est cet Imam qui a lancé une série de manifestations contre le président malien Ibrahim Boubacar Keita (IBK) à la suite des résultats controversés des législatives du 19 avril 2020. Ces manifestations ont abouti à une mutinerie qui s’est soldée par le renversement de IBK par le Conseil National du Salut du Peuple (CNSP) le 18 août 2020.

Au lendemain du putsch de mars 2012 contre le président Amadou Toumani Touré (ATT), l’ancien président du Haut Conseil Islamique (HCI) a assuré la médiation entre les partis politiques, la société civile et la junte qui va déboucher sur une
transition réussie.

En mai 2017, le gouvernement d’Idrissa Maïga lui a demandé de prendre la tête d’une mission de bons offices pour accélérer l’application de l’accord de paix d’Alger.

En dehors du Mali en Afrique, les exemples de leaders religieux sont aussi multiples. Il s’agit des cardinaux Laurent Monsengwo et Fridolin Ambongo en République Démocratique du Congo (RDC). Le premier s’est illustré lors de la Conférence Nationale Souveraine sous l’ère Mobutu au début de la décennie 90. Quant au cardinal Ambongo, il a fait ses preuves sous la houlette de la Conférence Épiscopale Nationale du Congo (CENCO) lors de la signature des accords la Saint-Sylvestre en décembre 2016. Ces accords de la dernière chance ont permis la tenue des élections
générales en décembre 2018.

Au Togo, le rôle des leaders religieux est non négligeable dans la transformation de conflits. L’exemple le plus récent est celui de Mgr Anani Nicodème Barrigah-Benissan. Le prélat, alors archevêque d’Atakpamé, a sauvé in extremis, le Togo, en 2013, du chaos. Mgr Barrigah-Benissan a piloté avec son équipe, la Commission vérité justice et réconciliation (CVJR) afin de réconcilier les Togolais avec eux-mêmes.

Au Zimbabwe en novembre 2017, le prélat Fidelis Mukonori a négocié la médiation entre Robert Mugabe et les militaires putschistes. Même en dehors du continent africain, le pape Jean-Paul 2 n’a pas hésité à combattre le régime communiste prosoviétique dans sa Pologne natale.

Le coup de force du 18 août 2020 au Mali a démontré l’étendue du rôle catalyseur d’un imam de la trempe de Dicko. Entre les avoir avec soi plutôt contre soi, le choix des dirigeants sera vite fait.

Voltic Togo