Le débat sur l’homosexualité même s’il n’est pas mis sur la place publique au Togo comme dans certains Etats, la question est abordée dans les coulisses. L’une des minorités sexuelles qui est le plus stigmatisée est la communauté des Hommes qui ont des relations Sexuelles avec les Hommes (HSH). Le chargé de projet de l’association MEN’s a accepté répondre à nos questions se refusant toutefois, de se faire prendre en photo. Il parle de la communauté des HSH au Togo, la pandémie du VIH/Sida et de l’environnement togolais qui leur est dit-il, hostile.

Parlez-nous un peu de votre association Men’S

Notre association est un regroupement de HSH, comprenez, des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes. Mais l’association est aussi composée de lesbiennes et d’autres minorités sexuelles. Elle a été créée en 2006 mais existe formellement depuis 2009, pour avoir commencé par travailler avec le Ministère de la Santé sur les questions des IST (Infections sexuellement transmissibles). Et, étant membre de cette association moi-même, je peux vous assurer que ce n’est du tout facile pour nous. Nous sommes régulièrement confrontés  à  des questions de droits mais surtout à l’accès à la santé en considérant la problématique du VIH/Sida.

Mais c’est justement pour pallier à ces problèmes et se soutenir mutuellement qu’on n’a créé ce petit regroupement et qui essaie de faire des efforts en matière du droit à la santé mais aussi des questions de vie de tous les jours.

Chez nous, nous faisons preuve d’entraide et de solidarité entre les membres de la communauté afin de faire face aux droits humains de base qui sont souvent bafoués.

Vous évoquiez la problématique du VIH/Sida, vous avez des contraintes spécifiques ?

Il faut savoir qu’au sein de la communauté HSH, le taux de prévalence de nos jours au Togo est à 2 chiffres et tourne autour de 20 ou 18 %. C’est énorme quant on sait que la moyenne nationale est moins de 3%.

Il urge que quelque chose se fasse surtout qu’il y a des gens dans cette communauté qui sont bisexuels et qui peuvent porter la maladie et ruiner les efforts qui sont faits sur le plan national visant à réduire la pandémie du Sida. Au vue des contraintes, de l’importance de la problématique et la délicatesse avec laquelle il faut fonctionner dans la communauté, il faut faire recours à des stratégies singulières et différentes afin de faire passer nos messages  de sensibilisation et de faire de la prévention ou ne serait ce qu’organiser nos activités de sensibilisation de masse.

Et vous arrivez à vous faire entendre?

HSH 2Aujourd’hui, il y a des aides qui nous viennent. Dernièrement des politiques ont été menées envers des populations clés qui regroupent les HSH, mais aussi les utilisateurs de drogues, les professionnelles de sexes et la population carcérale. Si le Togo a décidé d’intégrer cette initiative je crois qu’il faut les accompagner, par exemple, de messages de tolérance sans pour autant aller à la dépénalisation de la pratique homosexuelle. Il faudrait juste que chacun soit conscient de l’importance de prendre en compte ces cibles pour pouvoir nous laisser conduire nos activités.

Quelques fois, quand nous faisons de petits regroupements de masse et les gens se rendent compte que c’est la communauté homosexuelle, nous sommes directement menacés et cibles de violences physiques, des jeunes débarquent pour nous tabasser.

C’est un peu difficile maintenant, donc souvent on procède par des cas par cas. On sensibilise individuellement nos pairs mais on sait que quand des gens sont en groupe, les messages sont plus forts et passent plus vite. Mais avec le climat qui n’est pas favorable, on remercie déjà l’Etat de considérer cette cible là.

Ce qu’il faudrait faire c’est de susciter un message de tolérance ne serait-ce que pour que la cible ait accès libre à la santé et  qu’on puisse s’occuper de nous.

Est-ce à dire que la stigmatisation a baissé à votre égard ?

Pas tout à fait! La principale difficulté de laquelle découlent les autres c’est l’environnement qui n’est pas du tout favorable dans nos pays africains par rapport à cette question de l’homosexualité. Il faut savoir que mon pays le Togo, dans ses textes pénalise la pratique homosexuelle donc nous sommes souvent confrontés à des situations de discrimination et de stigmatisation, si ce n’est pas la violence ou le chantage. Les problèmes sont multiples mais en somme, l’environnement nous est hostile.

Par rapport à nos mœurs et cultures, les membres de cette communauté ne sont pas épanouis, ne vivent pas leur vie comme cela se doit pour chaque être humain.

Nous n’allons pas demander l”abrogation de la loi mais juste susciter la création d’un environnement favorable à notre épanouissement.

Vous manquez toujours  de préservatifs et de gel ?

La situation n’est plus du tout la même grâce aux efforts de certains programmes comme le PATH VIH, des organismes comme FHI 360. Grâce à ceux-ci, nous avons du gel et des préservatifs à volonté maintenant. Les hommes de la communauté savent qu’il y en a. Ils peuvent en avoir accès donc je peux vous dire que ce problème est derrière nous. C’était pas qu’il y en avait pas mais c’était une situation de réduction du nombre qu’on avait, le problème s’est arrangé grâce aux efforts de nos partenaires.

En votre for intérieur, comment vivez-vous l’homosexualité ?

Personnellement, ça me touche profondément, rien qu’à voir ces lois qui sont renforcées entre autres, au Nigeria et en Ouganda pour pénaliser la pratique homosexuelle.

Les gens parlent d’une question de choix mais je ne pense pas que les hétérosexuelles ont été questionnés pour faire un choix sur leur hétérosexualité.

C’est vrai que religieusement c’est condamné, chacun avec ses croyances. Je crois que la plupart des pays africains sont laïcs et qu’il faudrait qu’on puisse laisser les gens être comme ils sont et comme il se doit. Nous perdons sur cette question de l’homophobie, à faire des lois homophobes. Nous perdons des talents parce que des talents il y en a dans cette communauté. A cause de toute cette ambiance de haine, les gens n’arrivent plus à s’épanouir et c’est des vies gâchées pour rien.

Je vais donc lancer un message de tolérance à l’endroit des décideurs. Pensent-ils vraiment que quelqu’un ferait le choix de se mettre dans une communauté aussi haïe ? Je ne peux pas le croire, les gens sont nés comme ça, nous somme nés comme ça.

Nous ne demandons pas forcément d’être compris ou acceptés. On peut être foncièrement contre mais laisser les gens vivre leur vie. C’est un effort que nous devons tous faire.

Interview réalisée par Kayi Lawson