Se retrouver en dehors de la maison et du bureau pour travailler sur des projets communs, c’est du « tiers-lieu ». Le Togo en a aussi, il est baptisé « Minodoo » dans le vernaculaire, ou « Ensemble ». Edem Achile Alomatsi étudiant en biologie animale à l’Université de Lomé en est le co-fondateur. Plongée dans le monde des « tiers-lieux »…

Qu’est-ce qu’un « tiers-lieu » ?

Merci pour l’opportunité. Comme le nom l’indique, un tiers lieu est un espace démocratique technologique inclusif et participatif.

C’est un lieu ouvert et accessible à tout le monde. C’est une troisième place.

C’est un lieu qui n’est ni la maison, ni le bureau mais c’est un troisième lieu où on peut se réunir avec des compétences différentes. Et on travaille ensemble sur des projets, qui essaient de trouver des solutions à des problèmes locaux identifiés.

C’est du « Made in Togo »?

Pas tout à fait ! Les tiers-lieux existent ailleurs dans le monde entier. Ils sont nés aux États-Unis. Après ils se sont étendus à l’Europe, à l’Asie et à l’Afrique, notamment au Togo. Je pense même qu’en Afrique, il y a des tiers-lieux qui ne savent pas qu’ils sont des tiers-lieux. Il y a déjà certains lieux qui respectent ces critères, un cyber par exemple.

Pour cerner ce qui se fait en Afrique de l’Ouest en termes d’innovations technologiques, depuis le mois de mai nous avons entrepris des voyages d’échanges avec d’autres tiers-lieux en Côte d’Ivoire, au Ghana et au Burkina-Faso. Nous voudrions avoir une idée précise du travail des tiers-lieux dans la sous-région. Au cours de nos séjours, nous avons travaillé avec ces tiers-lieux sur des projets concrets. Pour le mois d’Août, nous prévoyons un voyage au Bénin pour échanger avec nos amis de ces tiers-lieux aussi. Je dois vous annoncer que très bientôt, le Togo va accueillir une édition d’InnovAfrica, une plateforme d’échanges sur les logiciels libres.

Et à « Minodoo », quels sont vos projets principaux ??

Dans le tiers-lieu Minodoo, nous travaillons sur plusieurs projets, à savoir le projet serveur sms. Ce projet consiste à mettre à la disposition de la population un serveur sms open source (un logiciel quasiment gratuit). Les gens peuvent envoyer une requête au serveur, et en retour le serveur répond à cette demande.

Par exemple, une application qui permet de renseigner les populations sur le prix des denrées alimentaires sur le marché.

Edem Alomatsi, co-fondateur de "Minodoo"
Edem Alomatsi, co-fondateur de “Minodoo”

Le cultivateur, qui est dans une zone où il n’y a ni de l’internet, ni de l’électricité, avec son téléphone il peut connaître le prix des denrées et prévoir ce qu’il veut vendre. Il y a un autre projet qui veut aider les enfants à apprendre à écrire des codes informatiques. Un autre projet s’inscrit dans le cadre écologique. Nous voudrions recycler de vieux outils informatiques, afin de récupérer des composés pour fabriquer des serveurs informatiques.

Le début de toute initiative n’est pas sans écueil…

En vérité, nous sommes à nos débuts. Alors pour le moment, on est un tiers-lieu nomade, c’est-à-dire que nous n’avons pas un local. En plus de cela, c’est le matériel. Nous sommes tous à la base des jeunes étudiants. Nous essayons de mettre tout en place avec nos propres moyens. Nous avons besoin d’outils informatiques.

À minodoo notre philosophie c’est que le tiers-lieu est l’école de demain parce qu’il est un espace qui encourage l’innovation technologique.

C’est un espace qui permet aux jeunes d’entreprendre eux-mêmes. Il

Des jeunes à "Minodoo"
Des jeunes à “Minodoo”

encourage le travail collaboratif qui est pour nous, le moyen le plus efficace de travailler. Demain ce sera le travail collaboratif et partagé qui vont régner.

Un message pour les autres jeunes ?

Souvent nous disons « le tiers-lieu, faisons le vous-même ». Réunissez-vous ! Et si vous avez besoin de compétences pour animer votre tiers-lieu, faites appel aux bonnes personnes. Ou rejoignez des tiers-lieux déjà existants. Et justement “minodoo” veut dire “mettez-vous ensemble”. Essayez de trouver des solutions à des problèmes que vous avez identifiés.

Il ne faut pas forcement attendre les autorités pour qu’elles viennent trouver des solutions à nos problèmes.

Essayez de trouver des solutions vous-mêmes. J’appelle les développeurs d’application à pouvoir développer des applications qui apportent une solution au citoyen lambda.

Merci

Interview réalisée par Mawuliklimi Affognon