Pour la première fois dans l’histoire du Togo, l’opposition pense à la prochaine présidentielle juste au lendemain d’une élection à la magistrature suprême selon des observateurs. Pour le secrétaire général du Comité d’Action pour le Renouveau (CAR), Jean Kissi, le salut du Togo se trouve dans la ” dynamique 3G “. Pour avoir plus d’explication sur le nouveau concept made in CAR, la rédaction d’Africa Rendez-vous s’est approchée du pionnier de ce courant de pensée.

Africa rendez-vous : Comment se porte votre parti le CAR, après l’élection du 25 avril dernier ?

Jean KISSI : Le CAR se porte bien, très bien d’ailleurs. Parce qu’on peut dire que c’est notre parti qui, en considérant les données politiques essentiellement, est sorti victorieux de cette élection. Nous avons été les plus écoutés par le peuple. En considérant les résultats réels qui ont été obtenus, en dehors de tous les bourrages d’urnes, on sait qu’il y a plus de 50% des togolais qui ne sont pas allés voter. Alors  c’est nous qui étions à l’écoute du peuple et le peuple était avec nous.

Donc je pense que c’est un événement que nous devons prendre au sérieux et en même temps, c’est une mission à partir du moment où le peuple a fait corps avec nous,  pour respecter le mot d’ordre que nous avons donné. Nous avons une grande responsabilité pour les défis à venir puisqu’ils vont se dire que majoritairement, ils ont opté pour notre position après ils attendront des résultats de nous.

Nous devons y réfléchir, voilà la vision dans laquelle nous sommes aujourd’hui.

Selon l’UFC, l’alternance au Togo c’est en 2020. Vous êtes d’avis?

Oui ! Nous considérons que les signaux ne sont pas du tout mauvais en ce qui concerne l’alternance en 2020. Parce que les courants marxistes qui ont  pesé sur la vie politique de ce pays pendant des années, ce courant a été désavoué par le peuple car il a décidé d’aller aux élections. Ce courant a été désavoué par le peuple pour une fois et c’est la première fois d’ailleurs depuis 1973.

Donc ça donne la place a une nouvelle méthode carrément de faire de la politique et ça donne de l’espoir. Si on s’organise bien on peut régler les questions qui puissent permettre une alternance pacifique et même paisible en 2020.

Depuis quelques semaines, vous parlez d’une dynamique 3G. Que se cache-t-il derrière? 

Kissi 13G ! Vous le connaissez dans le domaine de la télécommunication, en voyant tout ce qui se passe de nos jours dans les réseaux sociaux etc… C’est le concept nouveauté, un monde nouveau, le concept de l’intelligence nouvelle, donc nous l’appelons dynamique 3G parce que nous estimons que les pesanteurs socioculturelles qui ont pesé sur la vie politique de notre pays portent en leur sein aussi des germes d’un conflit de génération.

Et vous avez sans doute appris que les togolais disent qu’ils sont fatigués des politiciens et il y a même un sondage Afrobaromètre  qui a dit que le peuple togolais ne fait plus confiance a son opposition même dans une grande mesure que le président de la république. Quand bien même ils sont majoritairement de l’opposition, ils donnent l’impression d’être déçus par cette opposition. Alors au niveau de ces pesanteurs générationnelles aussi, nous considérons qu’il y a une attente.

Aujourd’hui nous qui avons entre 40 et 55 ans, il est de notre devoir de ne pas attendre que demain nos petits frères nous disent qu’est-ce que vous aviez fait ? Quelle bêtise aviez-vous fait ? Nous avons eu la chance d’avoir commencé avec nos aînés qui nous laissent progressivement la main alors les gens attendent de nouvelles choses. Ce n’est pas une question d’un nouvel homme qu’on veut mais une nouvelle dynamique. Un nouveau processus, un nouveau projet pour les togolais et c’est nous qui devons porter ce projet là.

J‘avais déjà dit que 3G, c’est la 3ème génération, c’est-à-dire qu’on n’est déjà à la 3ème génération, il y a la génération des Agboyibo,  Edem Kodjo, Gnininvi. Cette génération a volontairement accepté au niveau des partis politiques de passer la main, quand même les gens disent qu’il n’y a pas de renouvellement de la classe politique, je dis c’est faux. Ils ont passé la main à la génération des Adjamagbo, Apévon et Fabre qui constitue la deuxième génération. Nous nous sommes des jeunes derrières eux, quand bien même on a commencé en même temps mais par rapport à l’âge et par rapport aux postes de responsabilité occupés, nous sommes des jeunes derrière eux.

La 2ème génération a géré la chose et a fait face à l’élection présidentielle de 2015, il faut qu’il fasse le bilan. Le professeur Magloire Kouakouvi a été le premier à dire que Fabre qui a mené les gens à ce combat là et qui a voulu aller aux élections sans les réformes a perdu la main et qu’il laisse la place à d’autres choses. Donc il y a une nouvelle dynamique à créer.

Vous vous souvenez quand les choses étaient compliquées et les togolais ne semblaient plus croire en la politique, il y a eu la Nouvelle dynamique populaire (NDP) qui a réveillé les gens. Les gens ont besoin aujourd’hui d’une dynamique comme ça. Qu’est ce qu’on fait, les événements se sont passés comme ça, qu’est ce qui va se passer ? Quelles sont les perspectives ? Il faut s’organiser pour répondre à ces perspectives là, c’est ce que nous appelons la dynamique 3G. C’est là que les gens de mon âge, les gens qui étaient dans les mouvements estudiantins dans les années 90, aujourd’hui nous sommes assez âgés, nous avons un certain nombre de poste, nous avons des responsabilités dans nos partis, certains on même créé des partis politiques, il est tant que cette génération crée une nouvelle dynamique qui donne de l’espoir aux Togolais.

Mais pour moi ceci ne veut pas dire qu’il doit y avoir des candidats à l’élection présidentielle parmi nous. Non mon ambition n’est pas à ce niveau mais aujourd’hui il faut que ce soit nous qui pesons sur la scène politique et que demain en abordant 2020 même en abordant les locales et les législatives que ce soit nous qui déterminons la direction à suivre. Que ce soit nous qui voyons en fait parmi tous nos aînés qui est cet oiseau rare qui peut être le porte flambeau de toute l’opposition pour aller vers les événements futurs. Donc il ne s’agit pas de nous même, il ne s’agit pas d’avoir des ambitions démesurées comme certain l’on eu.  Si ce n’est pas  moi donc le Togo reste comme ça, si ce n’est pas moi donc Faure n’a qu’à rester au pouvoir, nous on n’est pas dans cette dynamique-là.

Jean Kissi_ Africa rendez-vousLa dynamique qui va avoir lieu, c’est nous qui allons la piloter mais sans ambition présidentielle  à notre niveau, l’ambition c’est de voir parmi nos ainés qui sont là, qui en eux est le mieux en mesure de représenter cette dynamique, ce changement de méthode, c’est nous qui devons le désigner, voilà un peu ce que nous appelons la dynamique 3G.

Ne pensez-vous pas que les togolais ont une mauvaise expérience de la 3G au niveau de la téléphonie mobile pour vous faire confiance ?

(Rires), Oui mais la 3G c’est un concept mondiale si ça n’a  pas marché au Togo ou si ça ne marche pas encore, ce n’est pas notre faute. La 3G n’est pas togolaise et elle réussit partout, c’est qu’au Togo on n’applique pas encore le concept…C’est nous qui amenons la véritable 3G au Togo.

Alors vous les jeunes comme vous le dites, avez-vous une stratégie pour aller à la conquête du pouvoir en 2020 et le remporter ?

Pour le moment la stratégie concrète n’est pas encore née. On venait de constater que les gens qui ont voulu rester au devant du peuple, ont amené le peuple à l’échec volontairement. Je dis en 2015 les compromissions faites, parce qu’il faut le dire, ce qui s’est passé là n’est pas anodin, les magouilles que certains ont fait au dos du peuple, progressivement la langue vont se délier, les choses vont se savoir.

On venait de sortir d’un échec dans lequel certains ont volontairement emmené le peuple, on fait le constat, on est là dans l’échec on fait quoi donc ? C’est maintenant que nous concrétisons  la chose avec tout ce qu’il regroupe. Ce que moi je sais aujourd’hui avec assurance c’est que avec tout le schéma que nous avons fait ces derniers mois, nous connaissons un certain nombre de personnes de partis politiques qu’on peut appeler forces acquises aux réformes. Que ce soit ceux qui se sont présentés comme candidat mais ne sont pas allés aux élections comme les Alberto Olympio. Il y a certains qui sont allés aux élections comme ADDI mais qui ont lutté bec et ongles pour les réformes. Il y a nous qui avons refusé que sans les réformes, les élections n’auront aucun sens, nous avons respecté cela jusqu’au bout et nous sommes restés constants.

Tous ceux là constituent les forces acquises aux réformes par rapport aux forces qui les bloquent notamment UNIR et l’ANC. Donc par rapport à ça, nous connaissons aujourd’hui les déterminants, nous savons que dans notre génération il y a des gens qui ont envie de faire face  a leurs responsabilités et moi j’ai envie de respecter et d’assumer les miennes. Je crois qu’avec ces deux choses, il faut sortir le concept pour l’avenir, pour remettre en confiance les togolais.

2 mois seulement après une élection présidentielle, vous réfléchissez déjà à la prochaine échéance ? Quelle mouche vous a subitement piqué ?

Kissi 2Oui mes frères allemands disent que le lendemain d’une élection est déjà la veille de la prochaine échéance. Donc en fait si nous sommes intelligents, nous n’avons aucun mérite à attendre tout le temps et c’est à 3 mois des élections qu’on dit à la population ce qu’il faut faire.

Dans la plupart des pays, c’est au lendemain d’une élection  qu’on commence par préparer la prochaine. Si on veut devenir intelligent dans ce pays et c’est ce que les chancelleries nous disent, tous les grands ambassadeurs que nous rencontrons nous le disent, il est temps que l’opposition devienne professionnelle que ce qu’on a fait jusqu’a présent  là, vraiment ça laisse à désirer. C’est maintenant qu’il faut monter qu’il y a une intelligence au sein de l’opposition togolaise.

Donc je crois que nous avons le besoin de retourner aux périodes des Agboyibo, des Gnininvi, dans les années 1990 et puiser dans cette période toute l’intelligence que ces gens ont mis en œuvre pour trouver la dynamique qui peut nous permettre, à nous aujourd’hui de servir de filons a ce que nous avons envie de faire .

2020, la dernière chance ?

Nous avons confiance en nous, nous croyons que l’avenir est là et nous avons la force de pouvoir propulser quelque chose.

Je vous remercie.

Voltic Togo