Faure Essozimna Gnassingbé, président du Conseil

Depuis la réforme constitutionnelle de 2025 qui permet à Faure Gnassingbé de se maintenir indéfiniment au pouvoir, le Togo fait face à une vague de protestations. Mais sur le terrain, les manifestants affrontent un autre obstacle : la baisse volontaire du débit internet, une stratégie qui s’installe comme outil de contrôle politique.

Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis 2005, après 39 ans de pouvoir sans partage de son père, a opté pour le « throttling« , une stratégie utilisée par plusieurs pays africains pour faire baisser volontairement le débit internet notamment lors d’élections, de manifestations ou de crises politiques. Les conséquences sont pourtant multiples, et touchent à la fois l’économie, la société et la gouvernance.

Une censure déguisée

Pas de coupure brutale cette fois-ci, mais une connexion ralentie au point de rendre presque impossible l’envoi de vidéos, de photos ou même de simples messages sur  Facebook et Tiktok. Une méthode subtile déjà utilisée ailleurs en Afrique. Au Soudan en 2019, le pouvoir avait opté pour la réduction de la bande passante paralysant la communication entre manifestants. Ce fut aussi le cas en Ouganda, en 2021, avec un ralentissement ciblé des réseaux sociaux à la veille de l’élection présidentielle.

Face aux restrictions, les Togolais s’adaptent. Les téléchargements de VPN explosent, comme ce fut le cas au Nigeria en 2021, où plus de 11 millions d’utilisateurs avaient contourné le blocage de X (ex Twitter). Mais ce recours reste limité à ceux qui ont des connaissances techniques ou les moyens de payer la version premium.

Limiter l’accès à internet lors des manifestations ou périodes de tension affaiblit la transparence. « Sans vidéos ni témoignages diffusés en temps réel, les abus passent plus facilement sous silence », explique un chercheur en gouvernance numérique basé à Dakar. En Ouganda, Amnesty International avait dénoncé ces pratiques comme des « violations du droit à l’information ».

Le throttling expliqué en caricature

Un coût économique énorme

Chaque jour de perturbation coûte cher. Selon l’ONG NetBlocks, l’Éthiopie a perdu près de 4,5 millions de dollars par jour lors des coupures de 2020, et le Nigeria environ 26 millions USD par jour lors du blocage de Twitter en 2021.

Pour le Togo, où plus de 60 % des jeunes utilisent internet pour des activités économiques, le ralentissement du réseau menace directement le commerce en ligne, les transactions de mobile money et les freelances qui travaillent avec l’international.

La baisse de débit n’affecte pas seulement les militants : elle isole les citoyens, ralentit les communications familiales et complique l’accès à une information fiable. Dans ces conditions, les rumeurs circulent plus vite que les faits. Les jeunes, grands consommateurs de TikTok et Facebook, voient dans cette stratégie une atteinte directe à leur liberté d’expression.

Une stratégie à double tranchant

Si l’objectif est de freiner la contestation, la baisse du débit risque de produire l’effet inverse : accroître la frustration, isoler le pays économiquement et ternir son image internationale. Dans une Afrique de plus en plus connectée, couper ou ralentir internet, c’est toucher au cœur de la vie sociale et économique.

Voltic Togo