Nouvelle année, nouvelles résolutions : on peut jouer la facilité en se moquant de nos sursauts de motivation, on peut faire les malins en rappelant qu’un tiers de nos objectifs ne tiendront même pas le mois de janvier… Reste qu’un taux d’échec stratosphérique vaut toujours mieux que ne même pas essayer.

A ce titre, pourquoi ne pas adopter des bonnes résolutions sexuelles ? (Quoi, ne vouliez-vous pas prendre soin de vous, exprimer de la gratitude, améliorer votre sommeil, redynamiser votre amour et faire du sport ? Le sexe est une solution tout-en-un, vous cochez même la case « productivité ».) Aux sceptiques, je rappellerai que jusqu’à preuve du contraire, la vie sexuelle est le lieu de l’expression charnelle des sentiments, d’une forme de transcendance, et que se priver d’endorphines ne rend ni plus gai ni plus sage.

On fait passer la qualité avant la quantité

Privilégier la durée sur la fréquence
Pourquoi une heure ? Parce que c’est franchement plus long qu’un rapport moyen, ce qui oblige à bousculer les habitudes. Parce que c’est franchement plus court qu’un cinq-à-sept. Parce qu’une heure au planning permet d’être un peu en retard sans devoir annuler. Parce que sauf à tricher éhontément, une plage aussi étendue ne peut pas être expédiée en trois minutes. Pourquoi tous les quinze jours ? Parce que ça rend l’objectif réaliste. Et parce que si vous êtes en couple depuis longtemps, ce sera statistiquement déjà un progrès.

Par ailleurs, en privilégiant la durée sur la fréquence, on fait passer la qualité avant la quantité, ce qui nous permet paradoxalement de sortir d’une logique trop comptable. Si vous préférez adapter ma suggestion (je vous en prie), un petit conseil de communication : avant de passer à la négociation verbale, écrivez chacun séparément sur un morceau de papier votre durée et fréquence idéales. C’est important, parce que si l’un des partenaires parle avant l’autre, ses désirs vont influencer la conversation, voire intimider l’autre.

Les femmes ne sont pas « moins désirantes

Personne ne se place en situation de demande
Commençons donc par massacrer nos fausses fatalités : on peut conserver une vie sexuelle flamboyante jusqu’au bout, et non, les femmes ne sont pas « moins désirantes » (Dawson et Chivers, décembre 2014). Les hommes ont tendance à sous-estimer le désir sexuel de leur compagne (Journal of Personality and Social Psychology, 2016).

Ensuite, un peu de réalisme : tout le monde semble d’accord pour dire que le couple demande des efforts, mais le désir sexuel devrait tomber du ciel, de manière spontanée ? C’est limiter la sexualité à une pure pulsion : l’amputer donc de la moitié de son potentiel (mauvaise idée pour commencer l’année, si vous voulez mon avis). Cette naturalisation du désir constitue un mythe auquel il faut renoncer d’urgence. Le sexe n’est pas meilleur ou plus légitime quand il est spontané (préparation anticipée pour le bac de philo : nous sommes des êtres sociaux, pouvons-nous seulement prétendre être spontanés ?).

Aux commandes
La mise au planning permet aussi de reconnaître que l’appétit vient en mangeant : plutôt que de nous placer dans une position passive (la libido, viendra, viendra pas ?), nous nous retrouvons aux commandes. Pour les grands timides, pour celles et ceux qui ont du mal à reconnaître leur désir, pour les stakhanovistes du quotidien, c’est l’occasion de se laisser la place nécessaire à l’introspection, à l’écoute de son corps, à une certaine paresse. Et aux fantasmes ! Car si les hommes ont tendance à regarder du X quand ils sont déjà excités, les femmes ont tendance à le faire pour atteindre un état d’excitation. Si on sait que la sexualité est au programme, on peut arriver déjà émoustillée.

Alors si vous le voulez bien : ouvrez vos agendas, papier ou numérique, et écrivez. Une heure. Toutes les deux semaines. En noir sur blanc. En double exemplaire. En bonne intelligence.

Avec Le Monde