Me Molgah Kadjaka-Abougnima : « Une vie professionnelle épanouie dépend aussi d’une vie familiale épanouie »

Un lundi après-midi, une équipe d’Africa rendez-vous embarque pour le quartier Tokoin Soted, et pour cause, un rendez-vous avec Me Molgah Kadjaka-Abougnima, dans son cabinet. A peine annoncée que l’équipe sera reçue. La chaleur époustouflante du soleil de plomb ne pourra plus dicter sa loi dans un bureau où nous attendait la notaire. Elle est notre invitée de notre rubrique “Mama Africa”, consacrée aux femmes d’exception d’Afrique.

De nationalité togolaise, Molgah Abougnima épouse Kadjaka, notaire de profession est souvent décrite comme une femme qui a un cœur de maman et à l’écoute des jeunes. L’on pourrait rallonger la liste de ses qualités comme dame très motivée pour qui, fierté et dignité riment avec efficacité en toute chose. Une motivation qui l’aura projeté au rang de présidente honoraire de la chambre nationale des notaires du Togo.

Flash back

Me Kadjaka au cours d'une activité notariale à Lomé
Me Kadjaka au cours d’une activité notariale à Lomé

Mère de trois (3) enfants, Molgah Kadjaka-Abougnima a suivi le cursus normal des cours primaires, secondaires puis études universitaires. Elle est aujourd’hui Notaire et pourtant, ce n’était pas la vision première. Elle a réussit avec succès un stage d’aptitude à la profession de notaire et a également à son actif des formations et est formateur diplomate des formateurs en droit OHADA. «Personne n’a compris que je fasse une série scientifique (D) pour me retrouver en droit… le sens de la logique m’a amené vers le droit », nous répond-elle sourire au coin des lèvres appuyé par un clin d’œil.

Pour elle, il est important de se former continuellement afin d’intensifier les connaissances et être réellement et efficacement au service de la population. « J’y tiens parce que le diplôme en lui-même c’est bien ; mais comment se maintenir et être apte à répondre aux sollicitations diverses auxquelles nous sommes exposés est la grande question », affirme-t-elle d’un air sérieux et imperturbable. Grâce à tout cela elle a le mérite d’être présidente des formations et des universités du notariat togolais.

Une casquette sociale

La vie professionnelle de Maître Kadjaka ne tourne pas essentiellement qu’autour du droit. Elle évolue également dans le social ; à travers des actions qui visent à impacter

Me Molgah Kadjaka-Abougnima à la fin d'une activité sociale
Me Molgah Kadjaka-Abougnima à la fin d’une activité sociale

positivement la vie de ses concitoyens. Elle milite dans plusieurs associations car étant très sollicitée pour apporter son coup de main. Présidente d’une association qui œuvre pour le bien être morale et matériel, de la veuve, de l’orphelin, de l’enfance déshéritée, elle n’hésite pas à soutenir les nécessiteux. « C’est de ma nature d’aider et je ressens le besoin d’être au service de mes concitoyens », confie-t-elle.

Cet altruisme a conduit Molgah Kadjaka-Abougnima à être nominée en 2010 et élue femme leader du Togo. Un sacre qui sera pour elle, une expérience enrichissante truffée de moments de solennités. Aujourd’hui, le titre lui colle toujours à la peau même après son mandat.

Durant ledit mandat, outre les affaires de son cabinet, « la femme leader » a mené des actions sociales dans le domaine de la santé, assainissement eau potable et apporté son soutien aux plus vulnérables. Elle a contribué notamment au programme « Carma » lancé par le gouvernement togolais pour lutter contre la mortalité des femmes à l’accouchement. « Cela me vaut le surnom de « maman césarienne », j’en suis vraiment contente car ça me touche beaucoup d’avoir aussi sauvé la vie » se réjouit-elle. Des enfants natifs du mois de décembre ont également eu droit à des cadeaux pour les fêtes de fin d’année.

Cette ambassadrice de paix a également offert des filtres à la population de Tsévié Alokoègbé (ville située à une trentaine de km de Lomé), qui n’ont pas accès à l’eau potable. Avec son association, des orphelins ont bénéficié des kits, et ont eu droit à des actes de naissance et de nationalité. Ses actions sociales continuent même après mandat ; la dernière en date est celle à l’endroit des portefaix au grand marché en leur apportant des vivres.

Me Kadjaka, comme toute personne, rencontre aussi des obstacles dans la réalisation de ses projets. Mais la volonté et la détermination dit-elle lui permettent de surpasser ces difficultés. « J’avoue que rien n’est facile, tout est question de volonté et d’action. Point n’est besoin de rassembler les grands moyens, je fais toujours avec les moyens de bord » dit-elle sereinement.

Vie conjugale et professionnelle font bon ménage

Me Kadjaka au cours de l'entretien...
Me Kadjaka au cours de l’entretien…

Un des évènements marquants de sa vie, c’est la rencontre de son mari, un monsieur qu’elle qualifie de gai, intellectuel et surtout humble. Compatible sur l’amour de l’excellence, tous les deux forment un couple regardant dans la même direction grâce à la complicité qui les lie.

Pour certaines femmes, conjuguer la vie de famille et carrière professionnelle n’est pas chose évidente. Selon Molgah, le secret pour harmoniser la vie professionnelle et sociale, et d’épouse et mère et toute simple : la planification. Elle se dit chanceuse d’avoir reçu une éducation de base solide au sein de sa famille, qui l’aide aujourd’hui à y faire face. « Très jeune, j’ai appris à tenir une maison, à m’acquitter des travaux domestiques, à m’occuper de mes frères et à poursuivre dans le même temps mes études » confie-t-elle et d’ajouter « C’est pareil dans mon foyer, à la différence qu’un avantage s’y ajoute, celui d’être maîtresse de maison ». Ces acquis ajoutés à la passion et l’enthousiasme, précise-t-elle, l’aident à s’en sortir admirablement. L’efficacité au bureau est tout aussi indispensable que les qualités de bonne épouse et bonne mère à la maison. « Je ne peux pas comprendre que la vie professionnelle prenne le pas sur la vie familiale, à mon niveau cela est impossible (…) une vie professionnelle épanouie dépend aussi d’une vie familiale épanouie ».

A la question si cela n’est pas épuisant d’assumer et équilibrer ces deux mondes, « vraiment je ne sais pas, je dirai j’ai ce don naturel d’être toujours joyeuse, donc je suis une femme in-fa-ti-ga-bleee » nous répond-elle en rigolant.

De sœur à sœur …

Me Kadjaka dans sa jeunesse...
Me Kadjaka dans sa jeunesse…

Le manque d’emploi après l’obtention des diplômes est entre autres l’une des difficultés auxquelles sont confrontées les jeunes filles de nos jours. L’entrepreneuriat est une issue pour la plupart. Molgah encourage ces initiatives sous réserve qu’il leur faut être instruit. « Les jeunes filles d’aujourd’hui m’ont l’air d’avoir perdu leurs repères… Mais je les admire beaucoup et je remarque bien qu’elles sont toujours battantes et veulent entreprendre autre chose que l’école ». L’école avant entrepreneuriat permet de bien choisir des profils qui orientent mieux vers des métiers porteurs. Ceci pour pallier au problème de l’équité du genre car pour Molgah, « on ne peut pas prétendre à une égalité si on est à la traîne ».

« Le tout n’est pas d’avoir un diplôme, mais il faut savoir se vendre au mieux… pouvoir donner le meilleur de soi et même au-delà des attentes dans tout ce qu’il y a à faire comme travail », recommande-t-elle à la gent féminine. Pour elle, la beauté, la dignité et les compétences doivent constituer un ensemble pour son accomplissement.

Le péché mignon de Molgah ? «  C’est ma coquetterie ! Pour dire qu’on peut être belle et intelligente » avoue-t-elle.

La vidéo du teasing