Une nouvelle fois ce 3 Mai 2016, les Etats africains ont honoré la tradition de la journée internationale de la presse. De Dakar à Kinshasa ou de Lomé à Ndjamena, une attention momentanée a été portée sur le travail des hommes et des femmes des médias et sur la situation générale de la liberté des médias. Et comme de tradition, de belles résolutions ont été prises et de bonnes intentions exprimées des sommets de nos Etats jusqu’aux confins de villes et campagnes.

L’importance des médias dans nos différentes communautés a été de nouveau saluée. Mais où en sont véritablement les médias africains dans le nouvel ordre mondial fait d’innovation technologique et d’ambitions diverses en matière de communication ? L’histoire de la presse africaine est intimement liée à l’histoire politique du continent. Muselée, contrôlée, dépendante sous les partis uniques, elle s’est offerte une cure de jouvence depuis les années 90 sous les effets du vent de l’Est. Malheureusement les populations africaines peinent à écouter à l’échelle du continent les voix de leurs filles et de leurs fils devant leur apporter les bonnes ou les mauvaises nouvelles.

En réalité, l’Afrique de nos grands parents était dominée par ces voix souvent familières et connues. On peut se rappeler les gongonneurs des villages mais encore les griots des cours royales. Aujourd’hui TV5, France24, Rfi, Deustche Welle, Voa…et récemment Africanews sont paradoxalement devenus les grandes voix du continent africain. 56 ans après les indépendances de nos Etats, force est de constater que l’adulte qu’est devenu l’Afrique continue de souffrir des maladies généralement développées par les nouveaux nés.

L’Afrique n’a pas une voix. Il a une pluralité d’organes souvent mal dotés, peu influents et sans grand rayonnement. Sinon comment comprendre que les meilleurs taux d’audience réalisés sur le continent restent détenus par des chaines installées pour la plupart sur un autre continent ? Ne parlez pas aux Africains d’Africa N°1, ils ont oublié même l’existence de cette belle prodige des années 80. Incitez-les à regarder les programmes d’Africa 24, ils vous diront qu’ils aiment bien le chiffre 24 mais préfèrent la France à l’Africa. Il ne s’agit pourtant pas d’une offre liée à l’immigration. Dans leurs programmes de campagne, les différents candidats aux palais présidentiels, font pourtant les vœux de faire entendre dans le monde, les voix de l’Afrique. Il apparait une fois encore à la célébration de la journée internationale de la presse que les volontés politiques devant soutenir l’émergence de grandes entreprises à vocation continentale demeurent embryonnaires sinon inexistantes. Ne fallait-il pas d’abord assurer aux médias locaux un environnement sain et dépourvu de toutes les menaces politiques, économiques et sécuritaires ? Le développement du continent qui est le principal défi des gouvernements ne peut pas s’opérer sans le développement des grands médias. Aussi anecdotique que cela puisse paraitre, de nombreux Africains restent convaincus que les meilleurs informations de leur contient ne peuvent provenir que des chaines de radios et de télévisions internationales. C’est justement cette tendance qu’il faut finir par inverser.