Image utilisée à titre d'illustration

C’est l’histoire d’un jeune Togolais de Kara Tomdè, 33 ans, père de famille qui a comparu en correctionnelle devant le Tribunal de Kevé, séant à Kpalimé, le 10 septembre 2021. Le prévenu appelé à la barre reconnait les faits mais demande la clémence du juge parce-que dit-il, c’était pour sauver son enfant.

Travailler dit-on est bien dur mais voler n’est pas bon. C’est pour la deuxième option que le jeune homme a opté pour prétendre sauver son enfant. Non seulement il termine sa course en prison mais il rate une opportunité qui devrait le délivrer de sa situation de précarité.

Les faits

Le prévenu est rentré de Kara (environ 420 km au nord de la capitale) pour être un ouvrier sur un chantier. Seulement, pendant les 3 mois pendant lesquels il a travaillé, il n’a été rémunéré qu’une seule fois. Face aux difficultés il dit être allé vers certaines personnes pour demander du travail afin de pouvoir subvenir à ses besoins et ceux de sa famille restée à Kara. Il est allé solliciter le sarclage dans une ferme d’un Colonel, ancien ministre de la république. Ce travail temporaire lui a été confié quelques jours plus tard et fut exécuté à la satisfaction du ministre. Stupéfait par le travail abattu sur les 3 hectares en 3 jours, le ministre a gratifié encore plus le jeune homme qui par après a émis le vœu de se faire embaucher quel que soit le travail à faire, pourvu que cela soit rémunéré. La doléance était en cours, selon le surveillant de la ferme quand, l’ouvrier a opté plutôt voler 2 dindons qu’il ira vendre à 15 mille l’unité.

Quelques jours plus tard, il ira voler dans une autre cour, un coq. Alors qu’il était sur le point de vendre son butin il a été appréhendé par les corps habillés et gardé en prison. Ses faits sont punis, selon le Procureur, par l’article 411, 414 et 415 du nouveau code pénal et il encourt entre 12 à 36 mois d’emprisonnement.

A la barre…

Présenté à la barre, le prévenu ne nie pas les faits mais les relate plutôt avec exactitude et honnêteté selon le surveillant de la ferme. Seulement, il précise que les dindons volés et vendus à 30 mille étaient pour sauver son enfant qui dit-il, était terriblement malade. Lui-même étant précise-t-il à court de ressources financières.

Des 30 mille, il dit avoir envoyé 25 mille Francs CFA par mobile money à sa femme pour les soins de leur enfant. Et le coq volé était aussi pour lui permettre d’assurer le transport retour à Kara pour être aux chevets de sa maman qui serait aussi gravement souffrante.

Après le premier vol, le surveillant dans ses investigations, a retrouvé les dindons exposés pour vente au marché. Interrogé, le vendeur dit ne pas savoir que ce sont des dindons volés et a promis dénoncer le voleur s’il se présentait encore. Ce qui fut fait.

Entre temps, la doléance de l’ouvrier à travailler chez l’ancien ministre était en bonne voie et un feedback était envoyé pour un petit entretien qui ne devrait être qu’une formalité. Le ministre alerté que l’homme en instance d’être son employé, était le voleur des dindons était déchanté.

Toutefois, devant la Cour, le surveillant de la ferme du ministre a plaidé pour sa relaxe.

Le Procureur Odette-Donga N’Zonou a requis 12 mois d’emprisonnement et 8 avec sursis pour le jeune homme. Madame Hegno, la présidente de séance y a concédé.

« C’est un devoir et même une obligation pour mon client de rentrer chez lui à Kara. Il doit comprendre que si demain il a encore un souci, au moins là il a plus de connaissance vers qui tourner que d’avoir comme réflexe de voler », a lancé l’avocat à son client.

Le prévenu, incarcéré depuis Mai 2021, était sans assistance d’avocat. Son cas a été écouté grâce au Global Alumni Association of Togo qui a entamé depuis Avril 2021 un projet d’aide juridictionnelle sur toute l’étendue du territoire national. Avec l’implication de l’Union des jeunes avocats au Togo (UJAT), des détenus indigents sont assistés afin que leur cas soit écouté. Sans avocat, la probabilité est forte qu’ils y restent, dépassent la peine qu’ils devraient y purger et Bonjour la surpopulation carcérale.

Grâce à ce projet du GAAT, des détenus ont recouvrés leur liberté et d’autres fixés sur les peines qu’ils encourent. Le GAAT devra-t-on le rappeler, regroupe les anciens boursiers de programmes d’échanges et d’études aux Etats-Unis.

Voltic Togo